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Stéphane Toullieux, un très bon témoin à San Francisco...

Publié le

Stéphane Toullieux, ex DG de la Financière de l'Échiquier est actuellement Président d'Athymis Gestion

 

 

  • Quelques heures à San Francisco…

 

Nous avons assisté à la conférence technologie et internet organisée par Goldman Sachs à San Francisco du 14 au 16 février 2016. Quelques enseignements de ces rencontres passionnantes avec les leaders américains de la Tech.

 

 

  • Donald Trump n’effraie pas…

 

Avouons que, poussés par nos récentes lectures de la presse US, nous attendions quelques messages rebelles des leaders de la Silicon Valley. C’est surtout l’attentisme et un certain optimisme qui marquent le discours sur l’administration Trump.

 

Baisse de l’impôt sur les sociétés (la taxe fédérale est actuellement à 35%), rapatriement du cash à l’étranger (Apple, Microsoft, Cisco, Google, Oracle, Qualcomm, présents à la conférence sont directement concernés), dérégulation…autant de points favorables à l’industrie.

 

Pour ce qui est des permis de travail des étrangers (la tech est grande consommatrice de visas H1B) comme pour les taxes sur les importations, l’attentisme est de mise. La plupart, si ce n’est la totalité des intervenants, fait confiance au pragmatisme de Donald Trump et à l’esprit pro-business de cette administration.


 

  • La macro-économie soutient les résultats

 

Il est intéressant d’avoir le retour d’acteurs globaux tels que Visa pour les ventes aux particuliers ou de Cognizant, SSII partenaire des grandes entreprises. La croissance est là, soutenue aux US.

 

Elle est réelle en Europe même si cette année, les élections en France et en Allemagne font peur. Le business avec l’Angleterre va très bien malgré le Brexit.


La Chine et les émergents en général donnent de bons résultats.

 

L’inquiétude partagée porte sur le niveau du dollar qui, pour certains a atteint un niveau critique pour le maintien des marges.

 

 

  • Le cloud s’impose

 

Les grandes entreprises passent toutes aux solutions cloud. Les grands gagnants sont Amazon Web Services qui a lancé le concept il y a dix ans, Microsoft avec son service Azure qui fait un tabac et, dans une moindre mesure Google qui semble, malgré la qualité de ses infrastructures, avoir plus de mal en relation BtoB.

 

Les acteurs « historiques » comme Oracle ont un objectif majeur : rejoindre les leaders dans un marché en pleine accélération.

 

Les blocages du cloud : la résistance des DSI principalement, le passage vers le cloud leur faisant perdre de facto des périmètres de responsabilité. Nous notons que toutes les sociétés du S&P100 ont déjà amorcé une transition partielle vers des solutions Cloud.


 

  • L’intelligence artificielle et le « Machine Learning » : les « buzzwords » de la conférence

 

Au-delà du caractère quasi obligatoire de l’emploi du mot Machine Learning pour être à la page, les conditions d’accélération de la mise en place de solutions d’intelligence artificielle sont bien là : amélioration des algorithmes (qui ont longtemps peu évolué), coûts en baisse, capacités accrues en infrastructures, utilisation du cloud…

 

L’enjeu reste à la réduction du temps nécessaire à un modèle pour apprendre et les progrès sont rapides. Les solutions telles qu’Alexa d’Amazon ou Siri montrent la voie pour le grand public mais les avancées sont aussi spectaculaires en BtoB et dans toutes les utilisations liées au cloud.

 

 

  • La distribution en mutation


Le commerce traditionnel va mal…la distribution en ligne très bien.

 

Cette tendance profite directement à la tech, qu’il s’agisse de plateformes en ligne comme eBay ou Expedia, des fournisseurs de cloud ou des acteurs des paiements comme Paypal ou Visa.

 

La tendance actuelle est également à l’accompagnement de ventes qui passent de plus en plus par les mobiles avec tous les challenges d’UX que cela suppose.

 

Des startups comme Poynt, dirigée par l’ancien patron de Google Wallet, n’abandonnent pas les points de vente physiques en proposant des terminaux de paiement de dernière génération là où la technologie n’a pratiquement pas évolué en 30 ans.

 

 

  • Les semi-conducteurs et composants à la fête

 

Les débouchés se sont démultipliés pour les fabricants de composants qui affichent des résultats de tout premier plan et un optimisme à tout crin. La consommation de composants dépasse en effet les seuls PC et smartphones avec la digitalisation massive, au déploiement de l’internet des objets, à la connectivité des véhicules, aux applications dans la santé…

 

La concurrence chinoise ne fait pas peur. Des points d’inflexions technologiques majeurs apparaissent partout, qu’il s’agisse des microprocesseurs (la fameuse loi de Moore semble ne pas ralentir), des technologies OLED pour les écrans ou de la mise en place de la 5G...

 

Pour les managers de l’industrie et leurs investisseurs, c’est un peu « party like it’s 1999 »…Ce qui est sûr c’est qu’à un moment où la presse insiste sur les débouchés grand public, l’industrie et l’automobile sont au coeur de toutes les discussions et les sensors sont dorénavant partout !

 

 

  • La Fintech challengée

 

Comme nous l’évoquons plus haut, le monde du paiement se régale à un moment ou l’effritement des ventes des enseignes de distribution traditionnelles accélère les paiements dématérialisés. Les Visa ou Paypal sont à la fête dans, on doit l’avouer, un domaine où chacun veut prendre sa part du gâteau y compris les GAFA.


Le concept de robo-advisor déçoit. Il a du mal à dépasser le cadre de clients Millennials rejetant les conseillers traditionnels (et attirés par des fees limités !). Les algorithmes d’allocation semblent issus d’une autre ère et, il est vrai, les grandes plateformes ont repris le lead en intégrant le robo dans leur offre.

 

Dans le domaine des prêts, le leader Lending Club, plateforme pionnière, a connu une année chaotique avec le départ de son CEO fondateur sur des problématiques de compliance. La société est challengée quant à sa capacité à reprendre le chemin de la croissance tout en maintenant une sécurisation de ses refinancements.

 

Les projets de plateformes en général sont décriés : les coûts d’acquisition de clients sont devenus rédhibitoires. Comme le mentionne un VC : il est sans doute plus profitable d’acheter des actions Google, que d’investir dans une startup qui engloutira son cash en publicité sur…Google (!)

 

Il n’en demeure pas moins que les sujets Fintech et Insurtech restent « hot but more selective » comme nous le faisait remarquer un ami VC de New York. Le « playbook » : trouver une niche puis déployer des services. L’expérience de Max Levchin (ex Paypal) sur le crédit immédiat aux particuliers, très orienté Millennials est assez spectaculaire. Des modèles aux débouchés en BtoB comme Credit Karma ou Stripe sont évoqués, ainsi qu’en B2C Sofi, spécialisé dans le refinancement des dettes étudiantes.

 

En bref, il s’agit d’avoir un angle spécifique à un moment où les grands acteurs sont à la manoeuvre.

 

Enfin, la formule des banquiers « mon bilan est meilleur que ton application » semble prendre la pas : Goldman Sachs a ainsi sorti le site de crédit en ligne Markus.com en 1 an ! Amazon et Google sont aussi attendus sur le secteur selon la bonne formule de Jeff Bezos CEO d’Amazon : « votre marge est mon opportunité » !

 

 

Quelques phrases emblématiques entendues à San Francisco :

 

  • « Il y a un appétit pour du déficit mais pas un appétit pour du binge deficit » - Joe Wall VP Relations Gouvernement Goldmans Sachs
  • « Dans le e-commerce, on n’a pas à s’occuper de sauver les murs » Devin Wenig CEO eBay
  • « Le Cloud est une technologie mature dans les conversations et dans le planning…pas encore dans l’adoption » - Julie White Microsoft
  • « Le software sera de plus en plus choisi par l’utilisateur final (et moins par les DSI) »- Dennis Woodside COO Dropbox
  • « Le monde entier semble vouloir faire du business avec le Royaume Uni depuis le vote du Brexit »- Vasant Prabhu CFO Visa
  • « Les smartphones ont apporté la puissance d’une agence bancaire dans la main du consommateur » - Daniel Shulman CEO Paypal
  • « A quoi bon investir 5 Mios de dollars dans une startup Insurtech qui veut se développer par la pub en ligne quand le budget publicitaire annuel de GEICO est de 1 milliard de dollars ? » - Alex Rampell Andreessen Horowitz
  • "Il y a eu une hausse de 500% de l’argent investi par le capital investissement dans l’intelligence artificielle en 2016 »- Panel Intelligence Artificielle et Deep Learning

 

 

En bref

 

L’économie US va bien et est passée du stade de rétablissement à une réelle expansion.

 

La politique pro-business de Donald Trump est plutôt bien accueillie malgré les à-coups des 100 premiers jours.


Des tendances sociétales lourdes portent de nombreux acteurs : transfert massif des clients vers le cloud, mobilité et connectivité, e-commerce et ses dérivées, déploiement de l’intelligence artificielle, expansion des débouchés des fabricants de composants sont autant de thématiques longues que nous devons continuer à intégrer dans nos réflexions et investissements.

 

Même si certaines valorisations ont atteint des extrêmes, la Tech US affiche dans son ensemble des lendemains prometteurs !

 

 

Stéphane Toullieux, Fondateur TLLX et Président Athymis gestion

Achevé de rédiger le 20/02/2017


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