
Produits structurés de taux : Jean-Olivier Ousset décrypte comment les couvertures bancaires ont pu amplifier la crise de la dette française
PRODUITS STRUCTURÉS DE TAUX : COMMENT LES COUVERTURES BANCAIRES ONT PU AMPLIFIER LA CRISE DES OAT !
35 %. Ce chiffre est vertigineux.
Selon Structured Retail Products (SRP), au premier trimestre 2026, 35% des émissions françaises de produits structurés étaient liées aux taux d’intérêt. C’était déjà 37% au premier trimestre 2025 !
Sur 25,5 milliards d’euros de ventes en trois mois, les taux forment le deuxième segment des produits structurés, derrière les actions.
TEC10, CMS, Euribor : ces sous-jacents sont au cœur de l’offre.
Pourquoi est-ce important ? Parce que J.P. Morgan et Allianz décrivent des mécanismes ayant amplifié la chute des OAT.
1. LE POIDS DES PRODUITS STRUCTURÉS DE TAUX
Dans son étude du 9 juin, SRP observe que la hausse des taux longs a empêché certains produits structurés déjà commercialisés de satisfaire leurs conditions de remboursement anticipé.
Pour le client, la durée de détention peut s’allonger. Pour la banque, les couvertures peuvent évoluer.
Précision : les 35 % englobent aussi des produits à taux fixe. Ce n’est pas la proportion de produits susceptibles de provoquer des ventes d’OAT.
2. J.P. MORGAN : QUAND LES COUVERTURES BANCAIRES ACCENTUENT LA BAISSE
C’est la révélation du Bond Bulletin du 8 octobre, intitulé « An OAT-rageous autumn in France ».
J.P. Morgan Asset Management indique que certains produits spécialisés indexés sur les rendements français, vendus en 2025, ont créé des expositions qui ont contraint les banques à continuer de vendre des obligations françaises alors que leurs prix baissaient.
Le mécanisme est simple et spectaculaire :
Hausse des taux → baisse des prix des OAT → réajustement de certaines couvertures bancaires → nouvelles ventes → nouvelle pression à la hausse sur les taux.
Autrement dit, des opérations censées maîtriser le risque peuvent elles-mêmes amplifier la crise.
Tous les produits structurés sur TEC10 ou OAT10 ne réagissent pas ainsi : tout dépend du remboursement, des barrières, des options et des couvertures.
J.P. Morgan ne donne ni noms de banques, ni ISIN, ni estimation du nombre de points de base imputables à ces ventes. L’étude précisait que l’essentiel des ventes forcées du début octobre semblait terminé autour du 6 octobre.
3. ALLIANZ : LES HEDGE FUNDS ET LE MANQUE DE LIQUIDITÉ ONT AJOUTÉ DE L’HUILE SUR LE FEU
Le 9 octobre, Allianz Research décrit un marché sous pression : positions vendeuses spéculatives, débouclements de stratégies de hedge funds et profondeur de marché inférieure de plus de 50% à son niveau normal.
En clair, des investisseurs devaient vendre alors que les acheteurs se raréfiaient.
Quand la liquidité disparaît, une vente peut faire chuter les prix davantage qu’en temps normal, et déclencher d’autres débouclements.
La dette, le déficit et l’incertitude politique restent déterminants. Mais la mécanique financière peut accélérer un mouvement fondamental.
ET AUJOURD’HUI ?
Le 22 octobre, l’OAT à 10 ans a atteint 5,14 % en séance, son plus haut niveau depuis 2002. Le taux ressortait à 5,05 % le 23 octobre !
Attention : rien ne permet d’attribuer ce nouveau pic aux seules couvertures bancaires identifiées par J.P. Morgan début octobre.
La question reste majeure pour notre industrie.
Nous analysons les coupons, les barrières et le risque de l’émetteur. Mais demandons-nous suffisamment comment la banque couvre les produits structurés que nous distribuons ?
Que se passe-t-il si les taux gagnent 50 ou 100 points de base ? Si les rappels anticipés deviennent improbables ? Si les couvertures doivent être modifiées dans un marché illiquide ?
Revenons au chiffre de départ : 35% des émissions françaises de produits structurés étaient liées aux taux au premier trimestre 2026.
Le marché français des produits structurés sur taux a-t-il atteint une taille telle que les opérations de couverture de ses émetteurs peuvent amplifier les tensions sur notre propre dette souveraine ?
C’est, à mon sens, une question qui mérite désormais d’être posée publiquement.
Pour être très clair, les banques n’ont pas, à elles seules, créé la crise des OAT.
Mais certaines opérations de couverture ont pu en amplifier la violence.
Et la véritable question devient :
Quand les taux français s’envolent, qui vend par conviction… et qui vend parce qu’il n’a plus le choix ?
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