
Financière de l’Arc - La révolution médicale des traitements pas néoantigenes
La parole à Arnaud Benoist-Vidal, Gérant de fonds spécialiste dans la santé à Financière de l'Arc.
➡️ Coup de tonnerre dans la recherche médicale !
Merck & Co et Moderna ont annoncé conjointement, le 19 août dernier, le succès d'une étude clinique de phase 3 (INTerpath-001) contre un type de mélanome. Sur les marchés, les deux titres se sont adjugés 42 et 44 Mds$, l'action Moderna flambant de 177 %, puis abandonnant une certaine partie de ce gain dès les séances suivantes.
➡️ Pourquoi un tel enthousiasme ?
C'est la première fois qu'un traitement par néo-antigènes réussit un essai clinique de phase 3, dite pivot. Les deux sociétés ont insisté sur l'amélioration significative obtenue par rapport au traitement standard actuel, le Keytruda (pembrolizumab) et anticipent une commercialisation fin 2027. Le Keytruda a généré plus de 31 Mds$ en 2025 : les investisseurs rêvent d'un succès comparable.
➡️ Qu'est-ce qu'un traitement à base de néo-antigènes ?
Une protéine de surface est appelée néo-antigène lorsqu'elle est produite de manière anormale, à la suite d'une mutation de l'ADN d'une cellule cancéreuse. Chaque patient développe donc en théorie ses propres protéines et possède, en quelque sorte, sa signature biologique. Par conséquent, on parle d'une thérapie ciblée et individualisée et plus complexe à réaliser, car il faut en réalité, au préalable, effectuer des prélèvements sur le patient pour identifier par séquençage les différents néo-antigènes présents. Le but ultime est ainsi de développer une immunothérapie plus efficace, en ciblant uniquement les cellules tumorales sans attaquer les cellules saines du patient.
➡️ Quelle est la spécificité du traitement de Moderna et Merck ?
Il s'agit de « l'intismeran autogene (mRNA-4157 / V940) », un vaccin personnalisé à ARN messager associé au Keytruda. Ce n'est pas un vaccin préventif : l'objectif est de diminuer le risque de récidive des malades présentant un mélanome « réséqué » (i.e. retiré chirurgicalement).
➡️ Moderna et Merck & Co sont-ils les pionniers et les seuls ?
Pas du tout ! Le concept fondamental remonte aux années 1950 et le premier néo-antigène muté humain défini au niveau moléculaire à 1995, dans une publication du journal Science. La première étude clinique chez l'homme remonte à 2010, le programme Intismeran, lui, a débuté en 2017.
➡️ Un traitement à base de néo-antigènes est-il forcément un vaccin à ARN messager combiné ?
Non. Transgene utilise une technologie à vecteur viral et a publié ce mois-ci dans Nature Communications un taux de survie sans maladie à trois ans de 100 % chez les 16 patients traités par le seul vaccin TG4050 pour des cancers dits de la tête et du cou : la preuve qu'une monothérapie sans ARN messager peut fonctionner.
➡️ Tous les cancers peuvent-ils être soignés par ces traitements ?
Certainement pas. L'indice TMB (charge mutationnelle tumorale) identifie le mélanome comme une tumeur à TMB élevé (10 à 20 mutations/ Mb-Mégabases d'ADN), plus favorable que le cancer de la tête et du cou (4 à 8). Certains cancers du poumon présentent aussi un TMB élevé, ouvrant un marché potentiel considérable.
➡️ L'enjeu de l'industrialisation
Produire des traitements individualisés à grande échelle constitue un défi immense. Sera-t-il possible d'élaborer une thérapie pour tous les patients, et à quel prix ?
➡️ « À jamais les premiers »
Moderna et Merck apparaissent comme les grands favoris pour la première autorisation de mise sur le marché. Il y aura d'autres acteurs qui réussiront également. Il faut néanmoins rester lucide, comme toujours dans la recherche médicale : nous anticipons de nombreux succès, mais également des échecs, ce qui justifie de suivre ce domaine avec un intérêt tout particulier, tout en ayant pleinement conscience de la forte volatilité qui va accompagner ces titres.
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