
Obligations, biotech, climat : les trois convictions de Candriam pour naviguer dans le nouveau régime de marché
H24 a assisté au webinaire « Explore » organisé par Candriam, animé par Nicolas Forest (Chief Investment Officer) et réunissant Charudatta Shende (Head of Client Portfolio Management Fixed Income), Servaas Michielssens (Head of Healthcare) et Alix Chosson (Head of Climate, Transition & Impact Investing).
Ce qu'il fallait en retenir...
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📌 Après une décennie de taux bas, l'obligataire est redevenu une classe d'actifs à part entière : un 10 ans américain au-dessus de 4,9% offre de nouveau un vrai revenu, mais le carry ne se capte qu'au prix d'une sélection stricte, l'offre massive de dette pesant déjà sur les fondamentaux.
📌 Dans la santé, la biotech est repassée en tête : détente réglementaire et cycle d'innovation (vaccins ARNm contre le cancer, première thérapie ciblée du cancer du pancréas) portent les résultats, la hausse des taux pesant peu sur des sociétés financées par fonds propres.
📌 Le climat n'est plus un sujet de réglementation mais d'économie : les chocs physiques de 2026 alourdissent la facture, et le basculement « des milliards aux milliers de milliards » se joue désormais autant sur l'adaptation que sur la transition.
« Les obligations redeviennent des obligations »
Nicolas Forest plante le décor avec un été « brûlant » à double titre : flambée du pétrole et des matières premières, essoufflement de la tech et de l'IA, et surtout un net repli obligataire qui a porté les rendements à leurs plus hauts depuis 2011. La hausse du term premium et des anticipations d'inflation a toutefois une contrepartie : les rendements à maturité sont redevenus attractifs, un crédit investment grade rapportant de nouveau 5 à 6%.
Charudatta Shende prolonge. Le 10 ans américain évolue au-dessus de 4,9%, un régime durablement différent de la décennie écoulée. Trois forces structurelles poussent les taux vers le haut : déficits et dette des pays développés, guerres commerciales et tensions logistiques (dont Ormuz), et capex de l'IA, toutes inflationnistes et installées pour durer.
Face à elles, des forces cycliques (interventions de politique économique, risque de croissance, et surtout le carry) peuvent les ramener. « Les taux resteront élevés plus longtemps, mais pas éternellement », résume-t-il. La duration n'est pas morte, mais devient moins directionnelle : plus de volatilité, plus de dispersion, donc davantage de valeur relative (euro contre dollar, jeux de courbe).
Le carry crée des opportunités bien au-delà du souverain : IG, high yield, dette subordonnée et dette émergente, dont le portage dépasse 7,2% en devise forte et 2,7% de rendement réel en devise locale, adossé à des réserves solides. « Ce coupon que les investisseurs obligataires attendaient est enfin là, et il est là pour durer. » Mais le risque du moment porte un nom : l'offre. Tech et IA, absentes du primaire avant 2025, y reviennent en masse ; les spreads du crédit IG technologique s'écartent alors que les notations restent inchangées, tandis que sur le high yield l'écart CCC-BB se tend et les taux de défaut remontent d'environ 10% (en relatif).
Le message : moins un risque de défaut immédiat qu'un risque de revalorisation et une prime à la sélection.
| Fonds | Candriam Bonds Credit Alpha |
| Perf YTD | +0.92% |
| Perf 2025 | +2.28% |
| ISIN | LU2098772366 |
| Société de Gestion | Candriam |
La santé n'est pas un bloc et la biotech mène la danse
Servaas Michielssens indique que la santé n'est pas un pari unique, et sur un an la biotech a surperformé le secteur comme le marché. Deux moteurs l'expliquent. Un facteur extrinsèque d'abord : les incertitudes réglementaires (prix des médicaments, FDA, droits de douane) se sont dissipées il y a environ un an. Un socle fondamental ensuite : innovation soutenue, lancements de produits, M&A record et forte utilisation des soins nourrissent la dynamique de résultats. L'IA aura un effet positif de long terme, mais n'est pas ce qui porte les cours aujourd'hui.
L'innovation est au cœur du dossier. Servaas Michielssens cite deux avancées en oncologie : les vaccins ARNm personnalisés (Merck et Moderna sur le mélanome, génome tumoral séquencé, cibles sélectionnées par algorithme, données estivales montrant une baisse des récidives à un stade précoce, avec extensions attendues aux cancers du rein, de la vessie et du poumon) ; et la première thérapie ciblée du cancer du pancréas (voie RAS, Revolution Medicines mis en avant), longtemps un « cimetière » pour la R&D, dont le candidat a doublé la survie globale et suscité une ovation lors du congrès de l'ASCO.
Reprenant la maxime d'Howard Marks — « Le plus important, c'est de rester attentif aux cycles » —, il situe le secteur en milieu de cycle, porté par trois leviers : cycles produits solides, valorisations revenues à la moyenne (et non excessives) et M&A en année record. La construction se fait « par couches » : biopharma comme moteur, medtech pour l'opportunité de valorisation, et outils des sciences de la vie en « pelles et pioches ». Sur les taux, sa conviction est nette : « L'impact réel des taux sur les biotechs n'existe pas au niveau fondamental : elles ne s'endettent pas, elles se financent en fonds propres. »
| Fonds | Candriam Equities L Oncology |
| Perf YTD | +8.46% |
| Perf 2025 | +21.18% |
| ISIN | LU1864481624 |
| Société de Gestion | Candriam |
Le climat n'est plus une affaire de réglementation, mais d'économie
Alix Chosson part de l'été 2026 : canicules, incendies, sécheresses et inondations records rendent le risque climatique matériel, immédiat et systémique. En Europe, 2026 sera vraisemblablement la deuxième pire année en surface brûlée, soit environ le double de la moyenne des vingt dernières années. « Notre maison est littéralement en feu. »
D'où la nécessité de passer d'une lecture assurantielle des dommages à une évaluation macroéconomique et systémique. Deux études l'illustrent : la LSE (Bilal & Känzig, 2024) chiffre à -12% le PIB par habitant pour chaque degré de réchauffement, et à -46% la production mondiale d'ici 2100 dans un scénario +3°C, avec un coût social du carbone de 1 367 $/tonne ; l'UNSW (Newell & Pitman, 2025), en intégrant les interdépendances (l'exemple de la chaîne des semi-conducteurs à Taïwan), aboutit à un PIB mondial amputé de 40% d'ici 2100 dans un scénario +4°C. Une transition retardée signifie donc davantage de risque physique, et un débat climatique appelé à peser plus, pas moins.
Le climat n'est pas le seul changement. La fragmentation géopolitique complique la coopération, mais fait de la sécurité énergétique un soutien aux renouvelables, aux réseaux et aux chaînes d'approvisionnement locales des technologies propres. L'IA, elle, doublerait la demande électrique des data centers d'ici 2030 — sans être le premier poste de hausse, la climatisation pesant davantage.
Côté investissement, l'IEA anticipe une hausse des dépenses en énergie propre dans tous les scénarios, réseaux et stockage en tête. Le passage « des milliards aux milliers de milliards » est acquis pour l'atténuation ; il reste à réaliser pour l'adaptation, dont le financement public devrait être multiplié par 14 (de 26 à 365 Md$ d'ici 2035). Atténuation et adaptation sont « les deux faces d'une même pièce », d'autant qu'aucun consensus scientifique ne garantit qu'on puisse s'adapter à un monde à +3°C. « Le climat n'est plus une affaire de politique et de réglementation : c'est une affaire d'économie, de géopolitique et de limites physiques. »
Le rendez-vous à suivre ➡️ ESG Talk « Too hot to ignore: investing in a warming world » — 6 octobre, 9h30 CEST
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