
Pourquoi Varenne Capital place l'énergie au cœur des débats et lit la hausse de taux de la Fed comme un signe de discipline
H24 a assisté au webinaire "Décryptage Macroéconomique T3 2026" organisé par Varenne Capital avec Gianluca Lobefalo (Analyste Senior, couvertures macroéconomiques) et David Wierzba (Directeur du Développement).
Ce qu'il fallait en retenir...
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📌 L'énergie a détrôné l'intelligence artificielle comme variable numéro un des marchés : réserves de pétrole au plus bas, carburant proche de 6 dollars aux États-Unis, et une Fed qui justifie sa hausse de taux par la facture énergétique.
📌 Une compétition inédite pour le capital s'installe entre dettes d'État, obligations d'entreprise et hyperscalers, pendant que la Fed relève ses taux à contre-courant de septembre 2024.
📌 L'or grimpe en même temps que sa propre volatilité (un signal anormal) et le couple actions-obligations ne protège plus : place à la dispersion, à la sélection et à la prudence tactique d'ici la fin d'année.
L'énergie détrône l'intelligence artificielle
Le webinaire s'ouvre sur un basculement : l'énergie est devenue la variable la plus surveillée des marchés, devant l'intelligence artificielle. Elle est désormais, selon Gianluca Lobefalo, au centre de la dynamique des marchés risqués comme de celle des taux.
Le point d'attention numéro un concerne les réserves de pétrole des pays consommateurs, aujourd'hui proches d'un seuil critique « On est presque sous les minimums historiques » alerte Gianluca Lobefalo.
Plus les réserves approchent de ce niveau, plus la volatilité du pétrole grimpe. L'effet se transmet directement au consommateur via le prix des carburants, qui frôle 6 dollars aux États-Unis, avec un impact fort sur la demande. Ce lien s'est invité jusque dans la salle du FOMC : 16 septembre 202, la Réserve fédérale a relevé ses taux de 25 points de base, et son président Kevin Warsh a justifié la décision par l'effet du prix de l'énergie sur les productions agricoles et le diesel.
Une compétition inédite pour le capital, et une Fed à contre-courant
Sur les taux, Varenne choisit de regarder le 10 ans plutôt que le court terme. Le constat : l'État américain doit émettre toujours plus de titres pour financer une politique budgétaire expansive, au moment où la concurrence pour l'épargne s'intensifie. Elle vient d'abord des autres dettes souveraines (un investisseur japonais qui achète un emprunt d'État à 10 ans entièrement couvert en dollars obtient aujourd'hui 6,1%), puis du crédit, où les entreprises les mieux notées offrent entre 5,50% et 6%. Elle vient enfin d'un acteur nouveau, les hyperscalers, dont les émissions attendues atteindraient à elles seules 2,3 trillions de dollars, une échelle jusqu'ici réservée aux États.
« Les tailles sont stratosphériques », observe David Wierzba.
Dans ce décor, la décision de la Fed prend un relief particulier. Gianluca Lobefalo la compare à septembre 2024 : à l'époque, avec une inflation cœur à 3,3%, la banque centrale avait baissé ses taux de 50 points de base à deux mois de la présidentielle, et les taux longs avaient ensuite bondi de 100 points de base, signe que les marchés n'avaient pas validé le geste. En septembre 2026, à deux mois des midterms et avec une inflation cœur retombée à 2,4%, la Fed fait l'inverse et relève ses taux. Cette fois, les taux longs refluent légèrement le lendemain, signe d'un marché qui approuve.
Gianluca Lobefalo juge la décision courageuse mais correcte, et y voit un test d'indépendance de la Fed à la maison blanche : Powell, toujours membre du board, a voté pour la hausse, alors que Donald Trump réclame un taux ramené à 1%, sans justification économique selon Gianluca Lobefalo. Il défend aussi le silence croissant de la Fed « C'est bien que la Fed parle moins ».
Moins de guidage nourrit la volatilité, mais joue selon lui un rôle de discipline sur la prise de risque des investisseurs. Le niveau des taux, autour de 5%, lui paraît d'ailleurs soutenable au regard d'une croissance réelle américaine de 2,5% à 3% et d'une inflation revenue vers 2,4%.
L'or s'affole, la diversification vacille
Troisième thème préparé : l'or. Depuis deux ans, il s'impose comme outil de diversification des réserves de change des banques centrales, de la Chine à la Russie en passant par le Moyen-Orient. En août, il a bondi de 10% sur le seul mois. Mais le signal qui intéresse Varenne est ailleurs : l'or monte désormais en corrélation positive avec sa propre volatilité, un comportement de type « spot up, vol up » jusqu'ici cantonné aux actions. En temps normal, cela ne devrait pas se produire. L'explication tient aux achats massifs via options, la Chine ayant doublé ses acquisitions d'or sur les trois derniers mois, en partie par ce canal.
Ce dérèglement des repères se retrouve dans l'allocation classique. La corrélation entre obligations et actions est redevenue positive : si les taux montent, les deux poches souffrent ensemble. Le fameux 60/40 ne joue plus son rôle d'amortisseur, et Gianluca Lobefalo rappelle que le crédit reste le meilleur signal avancé d'une crise.
Que faire d'ici la fin de l'année ? Le calendrier politique est chargé (élections en France et en Italie, midterms américains du 3 novembre, instabilité en Allemagne et au Royaume-Uni), et la volatilité tend à monter avant les scrutins avant de retomber. Gianluca Lobefalo se garde toutefois du catastrophisme « Peut-être qu'on va trouver un équilibre dans toute cette instabilité » précise-t-il.
Sa conclusion opérationnelle tient en une ligne : dans un monde de taux élevés, le contexte est peu propice à la gestion passive. Tout va se jouer sur les entreprises avec une bonne histoire et un bon équilibre donc prévoir « Plus de dispersion et plus de sélection. »
Quant aux cryptos, malgré l'échec au Sénat américain du Clarity Act (rejeté par 49 voix contre 50) et l'incertitude sur le Genius Act dédié aux stablecoins, elles font désormais partie du paysage.
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