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BNP Paribas AM décline la souveraineté européenne en stratégies actions et obligataires

H24 a assisté à la conférence "La souveraineté en action" organisée par BNP Paribas Asset Management avec Jean-Baptiste Colas (Conseiller Stratégie et Anticipation auprès du Délégué général pour l'armement), Lazare Hounhouayenou (Gérant principal de BNP Paribas Europe Strategic Autonomy) et Fadi Berbari (Senior Portfolio Manager, BNP Paribas Europe Strategic Autonomy Bond).

Ce qu'il fallait en retenir...

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📌 Pour la DGA, la souveraineté se pense à cinquante ans et déborde largement le champ militaire : terres rares, climat, potentiel humain, authentification de l'information.

📌 Lancé en mai 2025, le fonds actions Europe Strategic Autonomy pèse environ 1 Md€ et vise une croissance bénéficiaire près de deux fois supérieure à celle du MSCI Europe.

📌 Son pendant obligataire ouvre l'univers aux acteurs publics, ajoute un pilier infrastructure et cible plus de 100 points de base au-dessus de l'Euro Aggregate.


La souveraineté se prépare pour 2080

Pour Jean-Baptiste Colas, la souveraineté se pense sur le temps long. Le porte-avions de nouvelle génération, lancé vers 2040, naviguera jusqu'en 2080 : la DGA doit donc anticiper dès aujourd'hui des menaces à cet horizon. C'est l'objet du programme RADAR, qui associe acteurs publics et privés à l'anticipation stratégique et publie une partie de ses travaux pour le grand public à l’image de l’ouvrage « Menaces 2035 ».

Premier exemple : les terres rares. Les retirer d'un moteur de char ferait perdre 10% de puissance, une perte qui pourrait être acceptable à la condition de développer et d’intégrer d'autres technologies pour la compenser. RADAR étudie aussi l’incertitude que fait peser les changements du climat sur l’évolution des courants marins et aériens. La « guerre des preuves » est également étudiée avec l’analyse des watermarks, ces filigranes numériques ou matériels permettant d’authentifier une pièce imprimée en 3D sur un théâtre d'opération ou une vidéo dans un contexte de manipulations de l'information.

« Si on conçoit la souveraineté comme une autonomie, il y a un enfermement sur soi, ça ne fonctionne pas. On a besoin aujourd'hui de créer des ponts », souligne Jean-Baptiste Colas.

L’enjeu est d’accroître la capacité des différents acteurs à agir ensemble. C’est le sens des Chaires des Hautes Etudes pour la Souveraineté, lancées en décembre 2025 par l’Institut Polytechnique de Paris, l’ESCP Europe et Paris Sciences & Lettres (PSL). Appuyées notamment par une association et un fonds de dotation dédié, leur objectif est de renforcer, à l’échelle européenne, l’expertise sur les travaux de souveraineté et de faire le lien entre mondes académiques, industriels, étatiques et financiers sur ces sujets clés pour l’avenir de notre liberté d’action.

Jean-Baptiste Colas le résume ainsi : « La guerre était très tournée vers le monde militaire, elle est en train de gagner tous les pans de la société. »


BNP Paribas Europe Strategic Autonomy s’appuie sur cinq piliers pour obtenir deux fois la croissance du marché

Lancé en mai 2025, le fonds atteint aujourd’hui près d’un milliard d'euros. Lazare Hounhouayenou appuie sa thèse sur un indicateur : la mise en œuvre des recommandations du rapport Draghi est passée de 11% à 15% en un an, portée par la défense, la baisse de la dépendance énergétique et la protection de l'acier.

Le fonds investit sur cinq piliers : défense, indépendance des ressources, technologie, résilience industrielle, santé et alimentation. La défense est revenue de 28,9% à 26,4% de l'allocation en un an. Le gérant a réduit les acteurs traditionnels des chars et munitions au profit de l'électronique de défense et du naval, en ligne avec les nouvelles priorités affichées au sommet de l'OTAN.

Sur la technologie, il reconnaît que l'Europe a perdu la bataille des grands modèles de langage. « En revanche, on a les pelles et les pioches », ajoute Lazare Hounhouayenou, en citant les semi-conducteurs. Il a aussi intégré SAP, dont la valorisation était selon lui tombée à des plus bas historiques.

Face au soupçon d'une simple gestion européenne repackagée, il met en avant les secteurs exclus (assurance, luxe, automobile) et la profondeur des carnets de commandes. « On a aujourd'hui une visibilité de trois ans et demi sur le chiffre d'affaires des acteurs de la défense du portefeuille », précise Lazare Hounhouayenou.

Le portefeuille vise une croissance bénéficiaire annualisée de 25% sur 2025-2027, contre environ 13% pour le MSCI Europe. Brut de frais, il affiche +12% depuis janvier à fin août contre +9,8% pour l'indice, mais reste en retrait depuis son lancement (+16,3% contre +19,1%). Principal risque identifié par le gérant : l'endettement des États. Il le relativise pour la défense : « Les budgets européens sont sacralisés », assure Lazare Hounhouayenou.


BNP Paribas Europe Strategic Autonomy Bond : Un pilier infrastructure pour le volet obligataire

Lancé fin juin, il reprend la philosophie du fonds actions en ouvrant l'univers aux émetteurs publics. Fadi Berbari y ajoute un pilier infrastructure : en Ukraine, la production électrique est tombée quasiment à zéro et le pays tient grâce aux interconnexions européennes.

Environ 90 émetteurs sont retenus sur quelque 1 500. Le fonds écarte les États et supranationaux, dont les émissions ne sont pas fléchées, et ne garde des financières que les emprunts dédiés. À aujourd’hui, les entreprises pèsent 57% et les agences 24%. La défense représente 15% du fonds, contre 0,11% dans l'indice, car les grands groupes du secteur, très bien dotés en trésorerie, émettent peu. L'objectif : dépasser le Bloomberg Euro Aggregate de plus de 100 points de base, en complément d'une poche obligataire classique.

Les émetteurs français représentent 26% du portefeuille, un poids que Fadi Berbari relie au rôle central de la France dans la défense européenne. Face à l'incertitude politique, il distingue le risque souverain de celui des entreprises : « On a des entreprises en France qui sont très fortes et qui sont très fortes ailleurs qu'en France », estime-t-il.

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